En juillet 2003, à Vilnius, l'actrice Marie Trintignant meurt des suites des coups portés par son compagnon, le chanteur Bertrand Cantat. Condamné en Lituanie à huit ans de prison pour « meurtre commis sous l'emprise d'une émotion violente », il est libéré en conditionnelle en 2007. À l'époque, le mot « féminicide » n'existe pas dans le débat public français ; on parle de « drame passionnel » — un vocabulaire qui, en 2003, euphémise la réalité : une femme est morte sous les coups de son compagnon.
Une affaire qui a changé le regard
Vingt ans plus tard, l'affaire reste un marqueur :
- elle a montré le poids des récits médiatiques : la figure de l'artiste « emporté par la passion » a longtemps concurrencé celle de l'homme violent ;
- elle a nourri, année après année, le combat des familles pour la mémoire des victimes — celle de Marie Trintignant, portée par sa famille, mais aussi celle de Krisztina Rady, ex-épouse de Cantat, dont le suicide en 2010 a suscité de nouvelles interrogations ;
- elle éclaire le chemin parcouru : reconnaissance du terme féminicide, Grenelle des violences conjugales (2019), bracelet anti-rapprochement, juridictions spécialisées.
La mémoire, un droit des familles
Les proches d'une victime décédée peuvent agir en justice contre les propos négationnistes ou injurieux visant sa mémoire, et faire vivre son souvenir par des fondations et associations. C'est aussi une forme de réparation.